Cité Monastique
Parvenue jusqu’à nous comme l’une des plus vastes cités monastiques que nous ait légué le Moyen Age, l’Abbaye de Fontevraud frappe tant par sa vastitude que par la force de son histoire. Située à la frontière de trois provinces (Anjou, Touraine, Poitou), elle s’est construite des siècles durant, dans une confrontation permanente avec la société contemporaine et ses enjeux, qu’ils soient religieux, politiques ou sociaux.
La cité idéale de Robert d’Arbrissel

Photo de A.S. Ascher-CCO
L’abbaye de Fontevraud a été fondée en 1101 par Robert d’Arbrissel, prédicateur itinérant d’origine bretonne, qui y fixe sa communauté. Il en fait le lieu d’un idéal d’exaltation de la foi, où hommes et femmes, riches et pauvres, nobles et réprouvés se côtoient dans une vie communautaire dédiée à Dieu, à la prière et au travail, dans le silence, l’abstinence et la pauvreté. Objet de féroces inimitiés dans l’Eglise mais également de puissantes protections, comme celle du pape Urbain II, l’homme fascine autant qu’il choque par son allure et ses pratiques : il est décrit marchant pieds nus et vêtu de guenilles, et se livrant, par ascèse, à des pratiques parfois jugées scandaleuses.
La renommée de Robert entraînant l’afflux de postulantes et de dons, l’Abbaye mère s’organise bientôt en véritable « cité monastique », composée de quatre entités : le monastère Sainte-Marie (dit le Grand Moutier) est destiné aux moniales, le prieuré Saint-Jean-de-l’Habit, réservé aux frères, le prieuré de Sainte-Marie-Madeleine, refuge des « filles repenties », et enfin Saint-Lazare, destiné à l’accueil des lépreux.
Avant de reprendre sa route, Robert d’Arbrissel confie la direction de l’Abbaye à une femme, la première abbesse de Fontevraud, Pétronille de Chemillé.
Parallèlement, l’ordre essaime rapidement sur un vaste territoire : en moins d’un siècle, une centaine de prieurés se fondent de l’Angleterre à l’Espagne.
Des abbesses royales
L’histoire de l’abbaye a vu se succéder 36 abbesses, dont la dernière, Julie d’Antin, a quitté les lieux en 1792. De haute noblesse, parfois de sang royal, elles assurent à l’Abbaye dotations et protections. Après la réforme initiée par Marie de Bretagne (1457-1477) pour rétablir un ordre que la guerre de Cent ans avait en partie ruiné et désorganisé, l’abbaye de Fontevraud connaît une nouvelle période de prospérité. Le XVIème siècle voit se succéder, de tante à nièce, de grandes abbesses issues de la famille de Bourbon, Renée (1491-1534), Louise (1534-1575), et Eléonore (1575-1610), qui redressent l’ordre et restaurent l’abbaye mère.
Au XVIIIème siècle, sous l’abbatiat de Marie-Madeleine-Gabrielle de Rochechouart de Mortemart, sœur de Madame de Montespan, l’Abbaye semble s’ouvrir d’avantage au siècle. L’abbesse fait édifier l’orangerie et poursuit la construction du palais abbatial. Dans son prolongement, est créé au XVIIIème le logis Bourbon, pour accueillir les quatre filles cadettes de Louis XV qui seront éduquées à Fontevraud. L’Abbaye royale vit alors ses dernières heures.



